Bilbo

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NB : Le référencement des illustrations est en cours... mais ça risque de prendre un peu de temps !

The translation of some articles into English is in progress and will soon be available.

samedi 17 septembre 2011

La Blanche Dame et le Capitaine

“Éowyn, do you not love me, or will you not?”
“Ne m’aimez-vous pas, Eowyn, ou ne le voulez-vous pas ?”


Il était une fois, une princesse aux cheveux d’or et au regard triste. Elle vit aux côtés de son oncle depuis la mort de ses parents. Quand la guerre éclate, Eowyn ne veut pas être laissée derrière, elle veut se battre et défendre son peuple aux côtés de son oncle et roi. Celui-ci le lui interdit alors elle désobéit et se joint à l’armée en secret. Sur le champ de bataille, Eowyn se bat bravement et terrasse un ennemi que tous croyaient invincible mais, gravement blessée, ses jours sont en danger.
Il était une fois, un jeune capitaine voulant prouver sa valeur. Toujours dénigré par un père qui préférait son frère, Faramir se lance dans une bataille perdue d’avance. Il a pris sa décision: ce sera la reconnaissance de son père ou bien la mort au combat.
Si l’on vous demandait de citer un couple célèbre de la littérature, ce ne serait probablement pas celui-ci mais plutôt Roméo et Juliette ou peut être Tristan et Iseult. Au sein même de l’œuvre de Tolkien, on citerait plutôt Arwen et Aragorn, ou, plus en amont, Beren et Lúthien. Et pourtant, l’histoire d’Eowyn et Faramir est l’une des plus belles qu’il m’ait été donné de lire. Si leur histoire est si belle, c’est parce que leur amour est un amour qui guérit toutes les blessures. Quand Aragorn vient soigner Eowyn, il dit :
Peut être ai-je le pouvoir de guérir son corps et de la rappeler de la sombre vallée. Mais à quoi elle s’éveillera : espoir, oubli ou désespoir, je l’ignore. Et si c’est au désespoir, elle mourra, à moins que ne vienne une autre guérison que je ne puis lui apporter.* (p.928)

En effet, plus on lit, plus on en apprend sur Eowyn et plus on se rend compte combien elle est malheureuse. C’est bien pour cela qu’elle se jette à corps perdu dans la bataille… si elle ne peut avoir une vie heureuse, elle aura une fin glorieuse. Elle y tient tellement à cette fin glorieuse que la mort semble être pour elle plus importante que la vie. En s’occupant d’elle, Aragorn dit aussi :
La première fois que je l’ai regardée et que j’ai perçu sa tristesse, il m’a semblé voir une fleur blanche dressée, droite et fière, belle comme un lis, tout en sachant cependant qu’elle était dure, comme forgée dans l’acier par les ouvriers elfes. Ou était-ce, peut être, un froid qui avait mué sa sève en glace, et se tenait-elle ainsi, douce-amère, encore belle à voir, mais frappée, sur le point de tomber et de mourir ? Sa maladie remonte à bien avant ce jour, n’est-ce pas, Eomer ? ** (p.926-7)

Eowyn semble en effet avoir sombré dans une profonde dépression depuis longtemps… Elle recherche l’honneur plus que le bonheur et c’est bien pour cette raison qu’elle se tourne vers Aragorn, roi des hommes, qui représente pour elle la gloire qu’on lui refuse à obtenir au combat. Elle croit l’aimer car il représente tout ce à quoi elle aspire : la grandeur et la gloire. Mais, Aragorn le dit lui-même, si une fois la blessure physique guérie, elle s’éveille en proie au désespoir, elle ne pourra vivre car lui ne peut lui apporter la guérison des maux profondément enfouis qui la rongent. Quelqu'un d’autre le peut. Quelqu'un qui a toujours vécu dans l’ombre de son frère mais qui peut apporter la lumière dans la vie de la damoiselle protectrice du Rohan.
Faramir, lui aussi, est rongé par le chagrin avant de rencontrer Eowyn mais son grand cœur et sa bonté d’âme l’empêchent de se préoccuper de sa propre tristesse devant le spectacle d’une telle douleur. Bien que vaillant guerrier, c’est dans son cœur que se trouve la plus grande force de Faramir. Et c’est son empathie pour Eowyn et son amour naissant pour elle qui achèvent de le guérir. En elle il trouve ce que son père n'a jamais su lui offrir : une famille. Quelqu'un à qui se raccrocher, de qui s'occuper et quelqu'un à rendre heureux, tout simplement.
Mais ne m’en veuillez pas si je vous dis [que ces sept jours] m’ont apporté en même temps une joie et une douleur que je pensais ne jamais connaître. La joie de vous voir ; mais la douleur, parce qu’à présent la crainte et le doute sur ce temps néfaste sont devenus assurément sombres. Je ne voudrais pas voir ce monde prendre fin maintenant, Eowyn, ni perdre si rapidement ce que j’ai trouvé. *** (p.1026)

Si le voyage d’Eowyn est plus long, c’est tout de même l’amour qui va la sauver car Faramir va lui offrir ce qu’Aragorn disait ne pouvoir lui apporter. Il lui fait finalement ouvrir les yeux sur ses véritables sentiments et elle comprend que son amour pour Aragorn n'était en fin de compte qu'une illusion. Ce n'était pas Aragorn qu'elle aimait mais ce qu'il représentait et ce qu'il pouvait lui apporter dans son éternelle quête de gloire :
‘Ne méprisez pas la compassion qui est le don d’un cœur doux, Eowyn ! Mais je ne vous offre pas ma compassion. Car vous êtes une grande et vaillante dame, et vous avez vous-même acquis un renom qui ne tombera pas dans l’oubli ; et vous êtes une dame d’une beauté que ne sauraient même dépeindre les mots de la langue elfique. Et je vous aime. J’ai eu pitié de votre chagrin. Mais, à présent, seriez-vous exempte de toute peine, de toute crainte, et de toute privation, seriez-vous l’heureuse Reine du Gondor, je vous aimerais encore. Ne m’aimez-vous pas, Eowyn ?’
Alors le cœur d’Eowyn changea, ou bien enfin comprit-elle. Et soudain son hiver passa et le Soleil brilla sur elle.**** (p.1028-29)
L’amour de Faramir est ce qui lui permet de renoncer à cette quête de la gloire pour enfin vivre pleinement.
Si l’histoire d’Eowyn et Faramir parait plus ordinaire que celle d’Aragorn et Arwen, elle n’en fait pas moins rêver, et peut être cet article, simple cocon autour des merveilleux mots de J.R.R. Tolkien, vous fera-t-il rêver un peu…

Référence :
TOLKIEN, J.R.R. The Lord of the Rings. London: HarperCollinsPublishers. (1954-55) 2005
Traduction de Francis Ledoux pour la version française parue aux éditions Christian Bourgeois Editeur

Pour les irréductibles, vous trouverez ici les citations originales because it’s so much better in English, because the dream is in these words more than in any others, because these are his very own words :
* “I have, maybe, the power to heal her body, and to recall her from the dark valley. But to what she will awake: hope, or forgetfulness, or despair, I do not know. And if to despair, then she will die, unless other healing comes which I cannot bring.” (p.867)
** “When I first looked on her and perceived her unhappiness, it seemed to me that I saw a white flower standing straight and proud, shapely as a lily, and yet knew that it was hard, as if wrought by elf-wrights out of steel. Or was it, maybe, a frost that had turned its sap to ice, and so it stood, bitter-sweet, still fair to see, but stricken, soon to fall and die? Her malady begins far back before this day, does it not, Éomer?” (p.866)
*** "But think not ill of me, if I say to you: [these seven days] have brought both a joy and a pain that I never thought to know. Joy to see you; but pain, because now the fear and doubt of this evil time are grown dark indeed. Éowyn, I would not have this world end now, or lose so soon what I have found." (p.962)
**** “ ‘Do not scorn pity that is the gift of a gentle heart, Éowyn! But I do not offer you my pity. For you are a lady high and valiant and have yourself won renown that shall not be forgotten; and you are a lady beautiful, I deem, beyond even the words of the elven-tongue to tell. And I love you. Once I pitied your sorrow. But now, were you sorrowless, without fear or any lack, were you the blissful Queen of Gondor, still I would love you. Éowyn, do you not love me?’
         Then the heart of Éowyn changed, or else at last she understood it. And suddenly her winter passed, and the sun shone on her.” (p.964-5)

En prime la scène de la version longue de l’adaptation en films par Peter Jackson mettant en scène David Wenham et Miranda Otto dans les rôles de Faramir et Eowyn :

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4 commentaires:

  1. C'est dommage on ne les voit pas trop ensemble dans le film, un petit peu plus dans le version longue et encore, il faudra que je lise le livre ;)

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    1. La première fois que j'ai vu le film (en version ciné donc), j'étais très déçue de ne pas les voir en dehors de la scène du couronnement. Je te laisse imaginer ma joie de geek quand j'ai vu la version longue ! Mais j'en aurais bien voulu plus !
      Je ne conseillerai jamais assez ces livres, ils sont un tel moyen d'évasion pour moi ! Et, je me permets, si tu en as la possibilité, c'est encore meilleur en anglais. Les mots de Tolkien sont tellement beaux :) Une de mes citations préférées, et d'actualité : "The sun was rising red out of the mists that lay thick on the world. Touched with gold and red the autumn trees seemed to be sailing rootless in a shadowy sea." *soupirs*

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  2. Houlala en anglais, je ne sais pas si mon anglais est assez bon pour ça, ptre que Harry potter en anglais je pourrais le lire et encore j'ai des doutes. Mais d'ailleurs question bête, dans les librairies ils vendent les livres en anglais ? bon sinon sur le net c'est sur qu'on trouve tout :)

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    1. Oui ça se trouve en VO à la Fnac par exemple. Je sais que dans ma ville il y a une librairie anglaise donc là aussi évidemment si tu en as une à proximité, ça doit pouvoir se trouver mais sinon, on trouve effectivement tout sur internet ! C'est vrai que l'anglais de Rowling est plus facile que celui de Tolkien pour commencer :)

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